Le blog qui écrivait tout seul

Web association des auteurs présente

Dissémination du 25 octobre

Une page par jour !

1Une étrange tradition

2Un inventeur

3Le blog qui écrivait tout seul :  

Anna Jouy, Olivier Hodasava, & Picasso

 

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Le 25 octobre,

Picasso est né

« Sur une planche, il attacha par des punaises un carton gaufré. Il posa dessus un de ces burins représentant le monstre, autour  duquel il agença des rubans, des dentelles en papier d’argent et des feuilles artificielles un peu défraîchies. Lors de la reproduction de ce montage, il insista beaucoup pour que les punaises y figurent aussi. » Brassaï Conversations avec Picasso, Paris, Gallimard, 1964

Le 25 octobre,

Anna Jouy écrit,

Olivier Hodasava aussi ;

montage :

fenêtres. le vitrail n’est fait que de chiures de mouches et de gouttes blanches. confettis de dépotoir, le paysage à moitié digéré face au regard. ce dernier manque de profondeurs. il me revient toujours, me claque à l’oeil.

139e jour – Je traverse une ville que je ne connais pas, où je n’ai aucun repère. Je suis bien allé sur Google pour voir… J’ai glané des bribes d’informations cliniques : ville japonaise située sur l’île de Kiúshú, le long de l’océan Pacifique ; 400 000 habitants ; une rivière qui la traverse et qui a pour nom Óyodogawa ; un climat très doux dû aux courants marins chauds venus de l’Océan.

sensible fresque sous les doigts. ces résidus font l’image ; derrière rien n’existe mais bien cette représentation sous verre de mon pays, du temps qu’il fait, de la vie que  je  tiens à distance.

 Je traverse une ville que je ne connais pas. Je vois des avenues bordées de palmiers, des navires qui ressemblent à des legos, des bâtiments aux formes étonnantes à mes yeux. Je vois des pharmacies, une station essence, des distributeurs de boissons – l’un d’eux, même, est posé le long d’un chantier.

Être vrai a-t-il dit, ne jamais dire que le plus proche de la vérité … et là, cette morte falsification, l’impalpable soumis aux traces humaines ou animales, au grand déchet qui vient avec la vie.

Je traverse une ville que je ne connais pas et soudain, je tombe sur des mots en français. C’est sur la façade d’un restaurant – les mots sont même accompagnés d’un drapeau tricolore. Le restaurant s’appelle Lune du Printemps. Je me précipite sur internet. Mais, désolation, je ne trouve aucune page web auquel il soit associé. Le restaurant ne sera donc pour moi qu’une énigme.

m’approcher ne servira à rien, ne dégagera pas l’opaque. m’éloigner alors, peut-être, ciller du regard et projeter mon désir bien au-delà du vitrage.

Pour lire les textes en version originale :

Vitre, publié le 25 octobre 2012 sur le blog d’anna jouy, journal poétique jeté sur l’aube

Lune de Printemps – Miyazaki, publié le 25 octobre 2010 sur Dreamlands, le blog d’Olivier Hodasava

Pablo Ruiz Picasso est né le 25 octobre 1881 à Malaga.

On peut voir le monstre dont parle Brassaï sur ce site, duquel sont tirées les citations.

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Olivier Hodasava a voyagé pendant 1145 jours sur google street view. En prolongement de cette odyssée, publiée au jour le jour sur son blog, il prépare un livre qui sortira en février aux éditions Inculte.

Anna Jouy publie plus d’une page par jour ! Son nouveau site mots sous l’aube comporte six colonnes à la une, aube, matin, midi, après-midi, soirée, nuit :

« de quelques matières grises que soit la nuit... ce sera peut-être le titre de ce livret que je viens de travailler et presque achever à partir de quelques textes de mon blog. (…) en faisant des lectures instinctives, diagonales et répertoriées selon les mots émergents, je les ai assemblés… cela m’a donné sans vraiment réfléchir, encore une fois, cinq séries de textes. ces séries offrent des thèmes le lien- tu, trafic et résidus, état naturel, spleen de la nuit, et l’écrit sous l’aube. (…) et le miracle tient dans le déroulement intérieur, l’ajustement quasi impressionnant de ceux-ci qui semblent s’accrocher les uns aux autres comme des maillons secrets que j’aurais forgés sans le savoir sur mon blog. (…) cela me laisse entrevoir que l’écriture numérique est créatrice bien au delà du statique qu’elle semble elle aussi avoir. (…) le blog écrit tout seul aussi…. cela me fascine beaucoup. » Ecrire encore ! 9 octobre 2013

« Si on marquait sur une carte tous les itinéraires par où j’ai passé et si on les reliait par un trait, cela ferait peut-être un minotaure. » Pablo Picasso.

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Merci aux auteurs de m’avoir accordé la possibilité d’utiliser leurs textes !

Images : le 25 octobre 2013, Evolène, Suisse

 

Un inventeur

Vendredi 25 octobre 2013, dans le cadre de la webassociation des auteurs, dissémination mensuelle de textes sur les blogs, ce mois-ci sur le thème « une page un jour ».

Un citoyen des Etats-Unis, M. August Sommerfield, vient d’inventer un appareil qui permet de marcher sur les eaux aussi vite que sur terre. C’est la catastrophe du Titanic qui l’a mis sur la voie de cette découverte ; comme il songeait avec tristesse à l’insuffisance des moyens de sauvetage, l’idée lui vint de combiner un costume qui réunit à l’avantage d’être insubmersible, celui de fournir au naufragé un moyen propre de locomotion. On s’attache sous les bras un plastron en toile caoutchoutée et double, comme un sac ; ce plastron fait le tour de la poitrine ; une ceinture le maintient à la taille ; des bretelles le tiennent aux épaules ; on le gonfle avec une pompe, ainsi qu’un pneu d’automobile. Voilà pour le vêtement ; voici pour la chaussure ; on fixe à ses chevilles, comme faisait Mercure, des sortes de talonnières, mais qui diffèrent des siennes en ce que, faites de membranes mobiles, elles rappellent plutôt les pattes de palmipèdes. Muni de ce costume, l’inventeur a traversé le courant du Mississipi aussi rapidement que s’il eût pris le pont. D’autres expériences sur le lac Crève-Coeur ont eu le même succès. Avec l’appareil de M. Sommerfield il ne faut pas essayer de nager ; la position verticale où vous tient le plastron ne le permettrait pas ; il faut marcher comme dans la rue. M. Sommerfield assure que les mouvements sont faciles et coûtent peu d’efforts ; peu importe que l’eau ait dix pieds de profondeur ou dix mille. Si l’emploi de ce système venait à se répandre, les naufrages en pleine mer deviendraient anodins ; il suffirait d’un peu de patience pour regagner à pied New-York, Londres ou le Havre. M. Sommerfield recommande aussi son appareil aux chasseurs de canards.

Publié le 25 octobre 1913 dans La Feuille d’Avis de Lausanne

Une étrange tradition

Vendredi 25 octobre 2013, dans le cadre de la webassociation des auteurs, dissémination mensuelle de textes sur les blogs, ce mois-ci sur le thème « une page un jour ».

Une étrange tradition

Il existe dans une petite ville du Limbourg belge une étrange coutume qui montre à l’évidence le haut goût des habitants du lieu pour la musique.

Tous les ans se tient dans la bourgade un festival d’harmonies et de fanfares. Le dernier jour, les deux sociétés primées participent à ce qu’on pourrait appeler un concours d’endurance. Elles attaquent simultanément le même morceau et le répètent jusqu’à épuisement complet de l’une d’elles.

Evidemment, cela ne tarde guère à se transformer en un indescriptible charivari. Les exécutants, époumonés, demandent grâce, à moins que la grosse caisse ne crève dans un dernier spasme.

Publié le 25 octobre 1913 dans La Feuille d’avis de Lausanne.

Nadejda Tolokonnikova en danger

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FIFA President Joseph S. Blatter and French actor Gerard Depardieu at the Home of FIFA in Zurich on 19 October 2012. Copyright by: foto-net / Kurt Schorre

Condamnée à deux ans de camp pour hooliganisme, Nadejda lance un appel à l’aide dans une lettre diffusée le 19 octobre par l’association Russie-libertés, lettre relayée sur le web littéraire par  Oeuvres Ouvertes et La Revue des Ressources.

« Je l’avoue, je crains pour ma vie. Ma fermeté sans compromis ne fait que croître », écrit la jeune femme qui se bat pour améliorer des conditions de détention proches de l’esclavage.

Appel à l’aide, fermeté, courage auquel Gérard Depardieu, voisin de Nadejda Tolokonnikova en Mordovie, n’est sans doute pas insensible : en témoigne cet entretien que l’acteur a accordé à Fifa.com :

Suivez-vous le football actuel ?
Oui, et je vais vous faire une confidence, c’est un sport que je trouve de plus en plus féminin en réalité. J’ai beaucoup d’admiration pour le football féminin. C’est un sport qui demande de la force physique et pourtant elles ne perdent jamais leur féminité. (…)

Croyez-vous dans le rôle social du football ?
Une chose est sûre, aucun sport n’a autant de membres que la FIFA. Même l’ONU en a moins. Il n’y a pas d’activité plus universelle. Je pense que la Chine va un jour exploser dans le football. Ce sont des gens très positifs. Quand on voit leurs athlètes pleurer aux Jeux Olympiques parce qu’ils n’ont obtenu qu’une médaille d’argent et qu’ils ont perdu leur honneur, c’est incroyable. Regardez la Corée du Nord, ce petit pays de quelque 25 millions d’habitants je crois, isolé, fait partie de l’élite du football féminin, c’est une chose étonnante. (…)

La Fifa, dont Gérard Depardieu est un ambassadeur de courtoisie, prépare le prochain Mondial de football 2018 à Saransk, Mordovie, Fédération de Russie.

The Ex : « Are you still using a computer ? »

FREE THE JAZZ, peut-on lire sur le tee-shirt d’un des saxophonistes du BRASS UNBOUND qui accompagne le groupe The Ex, ici lors d’un concert à Dublin en 2012.

Are you still using a computer ? demande le chanteur dans le morceau COLD WEATHER que je vous propose d’écouter ci-dessous (6’30 à 15’15).

The Ex est né dans un squatt en 1979 à Amsterdam. Depuis le groupe ne s’est jamais arrêté de tourner, multipliant les concerts autour du monde et les collaborations, du jazz à la musique éthiopienne, en passant par la poésie sonore (le guitariste Andy Moor tourne également avec le poète-performeur Anne-James Chaton).

Force du collectif, précision des musiciens, génie de la batteuse Katherina Bornefeld, magie des concerts, donnés le plus souvent dans de petites salles, parfois dans la rue…  Autonomie du groupe, auto-produit, auto-géré.

Ouverture, liberté, énergie que l’on aimerait retrouver, pourquoi pas, sur le web « littéraire » ?

Infos, dates, vidéos : le site de The Ex

COLD WEATHER

We knew cold weather from the past

Old people telling us stories

Hence the 50ties revival

Cold weather is back

Cold weather is back

We saw ice in documentaries

Journalists and politicians telling us how it used to be

Now ice picks are the new pointers

Cold weather is back

Cold, Cold weather is back

Who is wearing shawls and gloves

We were expecting a gulf from Mexico

But rumours saying now « it giet oan »

Cold weather is back

Cold, cold weather is back

Are you still using a computer

Do you still use a cell phone

Do you still listen to mp3’s

Do you still watch a flat TV

No one has computers anymore

No one has computers anymore

No one has computers anymore

Because –

Cold weather is back

Cold, Cold weather is back

The permanent snow in the tropical Netherlands

The permanent snow in the tropical Netherlands

The permanent snow in the tropical Netherlands

No one has computers anymore

No one has computers anymore

No one has computers anymore

Because –

Cold weather is back

Cold weather is back

Vision

Une femme sur un âne. Elle porte un chapeau. Sa robe traîne par terre. Un deuxième âne. Il frotte ses naseaux contre l’échine du premier. La scène est statique. Au loin sur le chemin, on aperçoit un nuage de poussière blanche. La femme est assise en amazone. Elle est habillée en mariée. Elle porte un lapin sur son épaule gauche. Elle demande à l’âne d’avancer. L’âne refuse. Le lapin semble s’amuser de la scène. Au loin sur le chemin, sortant des volutes de poussière, trois hommes apparaissent. Le premier est coiffé d’un haut de forme. Le deuxième avance tête nue. Le troisième est barbu. Ils vont rattraper la mariée.

L’écrivain fantôme

Sur son blog, l’écrivain fantôme n’avait publié qu’un seul article, qu’il retouchait quotidiennement depuis des années.

J’ai trois sosies sur google street view disait l’écrivain fantôme, rien n’est plus banal que de se croire inédit singulier profond fascinant original.

Après sa mort, l’écrivain fantôme publia mystérieusement un nouvel article sur son blog.

Autour de Nadejda Tolokonnikova, Bakounine

Web-association des auteurs, dissémination mensuelle sur le thème « traduction et adaptation » proposé par Antoine Bréa.

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Traduite en justice, Nadedja Tolokonnikova a été condamnée à deux ans de détention dans un camp d’adaptation par le travail, du côté de Prats en Mordovie. Le 23 septembre 2013, elle entame une grève de la faim et fait parvenir une lettre dans laquelle elle dénonce ses conditions de détention. Cette lettre a été traduite par André Markowicz, on peut la lire sur un site de la Ligue des Droits de l’Homme (section du Périgord) précédée d’une introduction du traducteur que je me permets de reproduire ci-dessous :

« J’ai lu ce texte en russe — et j’ai été saisi. Saisi par les conditions de vie des prisonnières. Saisi par la description du système de répression en tant que tel. Saisi aussi par la grandeur de la personne qui écrit cela. La langue de Nadejda Tolokonnikova est une langue russe d’une pureté, d’une force, d’une précision qui s’illuminent de la grande tradition humaniste de la Russie — de cette tradition qui fait que la Russie, quelles que soient les horreurs de son histoire, est source de lumière — la tradition de la « Maison morte » de Dostoïevski, celle de Herzen, celle de Tchekhov, et celle de tous les écrivains du Goulag. Un souci de la précision, une précision impitoyable, et le sentiment constant d’être non pas « responsable » pour les autres, mais lié aux autres, d’une façon indissociable. C’est cette tradition qui fait dire à Anna Akhmatova, dans son exergue du Requiem:

« J’étais alors avec mon peuple
Là où mon peuple, par malheur, était
« .

Nadejda Tolokonnikova parle pour elle-même, et parlant pour elle-même, elle parle avec les autres — elle parle pour nous, et nous donne confiance. Il faut lire ce texte. Il faut le lire. »

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En hommage  à Nadedja Tolokonnikova et en soutien à tous ceux qui sont détenus dans les camps hérités du goulag, je vous propose la lecture d’un texte dans lequel Bakounine expose sa conception « non individualiste » de la liberté, conception qui « illumine » aussi me semble-t-il la lettre de la jeune femme.

Ce lien avec Bakounine m’a été soufflé par la lecture d’un texte de Vassili GolovanovAutour de Bakounine, (Espace et Labyrinthes, Editions Verdier), dans lequel l’auteur évoque une rencontre avec des jeunes anarchistes qui restaurent le parc de Priamoukhino, lieu de naissance de Bakounine :

« Les anarchistes travaillaient frénétiquement, comme des journaliers. Mais uniquement jusqu’à midi. Après, c’était temps libre. (…) Le soir tombé, je suis parti à Lopatino, le village voisin, où pendant leurs raids d’été, les anarchistes vivaient dans une vieille maison vide. Un drapeau noir et rouge pendait au-dessus du toit. (…) Le système de la commune était classique : entre kolkhoze et communauté hippie ; le menu ascétique (pain gruau de sarrasin, pâtes, ketchup, gâteaux et thé), plus quelques livres sur le rebord de la fenêtre. Tout d’abord l’incontournable Bakounine de N.M. Piroumova. Et puis une surprise : Takeshi Kaikô, Le Géant et le Jouet. Encore plus surprenant, I.Prigogine, I. Stengers, Temps, chaos et lois de la nature. (…) Plus loin, un vieux livre sur les partisans biélorusses édité encore au temps de la Jeune Garde, et même l’idole de toute la nouvelle gauche, Guy Debord (…) Ce sont eux, les anarchistes et les « antifafs » (…) qui seront avec le temps les vrais opposants. Parmi les gauchistes, il n’existe pratiquement aucun mouvement qui, d’une façon ou d’une autre, ne flirte avec l’anarchisme ».

Dans un deuxième temps, je tente une contribution personnelle sous une forme empruntée /adaptée  du Vaduz de Bernard Heidsieck

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Qui suis-je ?

« Je ne suis ni un savant, ni un philosophe, ni même un écrivain de métier. J’ai écrit très peu dans ma vie et je ne l’ai jamais fait, pour ainsi dire, qu’à mon corps défendant, et seulement lorsqu’une conviction passionnée me forçait à vaincre ma répugnance instinctive contre toute exhibition de mon propre moi en public.

Qui suis-je donc, et qu’est-ce qui me pousse maintenant à publier ce travail ? Je suis un chercheur passionné de la vérité et un ennemi non moins acharné des fictions malfaisantes dont le parti de l’ordre, ce représentant officiel, privilégié et intéressé à toutes les turpitudes religieuses, métaphysiques, politiques, juridiques, économiques et sociales, présentes et passées, prétend se servir encore aujourd’hui pour abêtir et asservir le monde.

Je suis un amant fanatique de la liberté, la considérant comme l’unique milieu au sein duquel puissent se développer et grandir l’intelligence, la dignité et le bonheur des hommes ; non de cette liberté toute formelle, octroyée, mesurée et réglementée par l’État, mensonge éternel et qui en réalité ne représente jamais rien que le privilège de quelques-uns fondé sur l’esclavage de tout le monde ; non de cette liberté individualiste, égoïste, mesquine et Fictive, prônée par l’École de J.-J. Rousseau, ainsi que par toutes les autres écoles du libéralisme bourgeois, et qui considère le soi-disant droit de tout le monde, représenté par l’État, comme la limite du droit de chacun, ce qui aboutit nécessairement et toujours à la réduction du droit de chacun à zéro.

Non, j’entends la seule liberté qui soit vraiment digne de ce nom, la liberté qui consiste dans le plein développement de toutes les puissances matérielles, intellectuelles et morales qui se trouvent à l’état de facultés latentes en chacun ; la liberté qui ne reconnaît d’autres restrictions que celles qui nous sont tracées par les lois de notre propre nature ; de sorte qu’à proprement parler il n’y a pas de restrictions, puisque ces lois ne nous sont pas imposées par quelque législateur du dehors, résidant soit à côté, soit au-dessus de nous ; elles nous sont immanentes, inhérentes, constituent la base même de tout notre être, tant matériel qu’intellectuel et moral ; au lieu donc de trouver en elles une limite, nous devons les considérer comme les conditions réelles et comme la raison effective de notre liberté.

J’entends cette liberté de chacun qui, loin de s’arrêter comme devant une borne devant la liberté d’autrui, y trouve au contraire sa confirmation et son extension à l’infini ; la liberté illimitée de chacun par la liberté de tous, la liberté par la solidarité, la liberté dans l’égalité ; la liberté triomphante de la force brutale et du principe d’autorité qui ne fut jamais que l’expression idéale de cette force ; la liberté, qui après avoir renversé toutes les idoles célestes et terrestres, fondera et organisera un monde nouveau, celui de l’humanité solidaire, sur les ruines de toutes les Églises et de tous les États.

Je suis un partisan convaincu de l’égalité économique et sociale, parce que je sais qu’en dehors de cette égalité, la liberté, la justice, la dignité humaine, la moralité et le bien-être des individus aussi bien que la prospérité des nations ne seront jamais rien qu’autant de mensonges. Mais, partisan quand même de la liberté, cette condition première de l’humanité, je pense que l’égalité doit s’établir dans le monde par l’organisation spontanée du travail et de la propriété collective des associations productrices librement organisées et fédéralisées dans les communes, et par la fédération tout aussi spontanée des communes, mais non par l’action suprême et tutélaire de l’État.

C’est là le point qui divise principalement les socialistes ou collectivistes révolutionnaires des communistes autoritaires partisans de l’initiative absolue de l’État. Leur but est le même ; l’un et l’autre partis veulent également la création d’un ordre social nouveau fondé uniquement sur l’organisation du travail collectif, inévitablement imposé à chacun et à tous par la force même des choses, à des conditions économiques égales pour tous, et sur l’appropriation collective des instruments de travail.

Seulement les communistes s’imaginent qu’ils pourront y arriver par le développement et par l’organisation de la puissance politique des classes ouvrières et principalement du prolétariat des villes, à l’aide du radicalisme bourgeois, tandis que les socialistes révolutionnaires, ennemis de tout alliage et de toute alliance équivoques, pensent, au contraire, qu’ils ne peuvent atteindre ce but que par le développement et par l’organisation de la puissance non politique mais sociale et, par conséquent, antipolitique des masses ouvrières tant des villes que des campagnes, y compris tous les hommes de bonne volonté des classes supérieures qui, rompant avec tout leur passé, voudraient franchement s’adjoindre à eux et accepter intégralement leur programme.

De là, deux méthodes différentes. Les communistes croient devoir organiser les forces ouvrières pour s’emparer de la puissance politique des États. Les socialistes révolutionnaires s’organisent en vue de la destruction, ou si l’on veut un mot plus poli, en vue de la liquidation des États. Les communistes sont les partisans du principe et de la pratique de l’autorité, les socialistes révolutionnaires n’ont de confiance que dans la liberté. Les uns et les autres également partisans de la science qui doit tuer la superstition et remplacer la foi, les premiers voudraient l’imposer ; les autres s’efforceront de la propager, afin que les groupes humains convaincus, s’organisent et se fédèrent spontanément, librement, de bas en haut, par leur mouvement propre et conformément à leurs réels intérêts mais jamais d’après un plan tracé d’avance et imposé aux masses ignorantes par quelques intelligences supérieures.

Les socialistes révolutionnaires pensent qu’il y a beaucoup plus de raison pratique et d’esprit dans les aspirations instinctives et dans les besoins réels des masses populaires que dans l’intelligence profonde de tous ces docteurs et tuteurs de l’humanité qui, à tant de tentatives manquées pour la rendre heureuse, prétendent encore ajouter leurs efforts. Les socialistes révolutionnaires pensent, au contraire, que l’humanité s’est laissée assez longtemps, trop longtemps, gouverner, et que la source de ses malheurs ne réside pas dans telle ou telle autre forme de gouvernement mais dans le principe et dans le fait même du gouvernement, quel qu’il soit.

C’est enfin la contradiction, devenue déjà historique, qui existe entre le communisme scientifiquement développé par l’école allemande et accepté en partie par les socialistes américains et anglais, d’un côté, et le proudhonisme largement développé et poussé jusqu’à ses dernières conséquences, de l’autre, acccepté par le prolétariat des pays latins. »

Michel Bakounine, extrait du Préambule pour la seconde livraison de L’Empire Knouto-Germanique. Locarno, 5-23 juin 1871, Oeuvres, Tome 4, en libre accès sur Wikisource

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Autour de toi Nadedja Tolokonnikova

Autour de toi Nadedja Tolokonnikova

Autour de toi il y a Prata

Autour de toi Nadejda il y a la colonie il y a la Mordovie

Tout autour de toi Nadejda il y a des camps

Autour de toi  Nadejda il y a des détenues des détenus

Il y a des gardiennes autour de toi Nadejda il y a des gardiens il y a la Russie tout autour de toi Nadedja Tolokonnikova

Tout autour de toi Nadejda

Autour de toi il y a Tolstoï autour de toi il y a Tchekov

Il y a Pasternak Il y a Dostoïevski il y a Platonov il y a Golovanov autour de toi Nadedja Tolokonnikova

Autour de toi Nadejda il y a  Mychkine il y a Jivago il y a Rogogine

Il y a Anastasia Philippovna tout autour de toi Nadedja Tolokonnikova

Tout autour de toi il y a Poutine il y a des oligarques

Autour de toi Nadejda il y a la coupe du monde de foot-ball il y a des matières premières

Il y a des stades autour de toi Nadedja

Le stade de Kazan autour de toi

Le stade de Moscou le stade de Saint-Pétersbourg tout autour de toi Nadejda le stade d’Ekaterinbourg le stade de Sotchi le stade de Nijni Novgorod Nadejda,

Tout autour de toi le stade de Samara le stade de Rostov-sur-le-Don le stade de Kaliningrad le stade de Volgograd le stade de Saransk capitale de la Mordovie Nadejda Tolokonnikova

Autour de toi Nadejda il y a Priamoukhino il y a Pussy Riot Il y a Tchevengour il y a Bakounine Nadedja Tolokonnikova

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Illustrations : les stades russes du Mondial 2018, source Rianovosti

(Nadejda Tolokonnikova a été condamnée a deux ans de prison pour hooliganisme).

Notes, liens et compléments 

Pussy Riot : 

http://freepussyriot.org/fr

Le web « littéraire » se mobilise :

Web association des auteurs

Anna Jouy

Oeuvres ouvertes

Serge Bonnery

Revue des Ressources

Vassili Golovanov :

A découvrir sur la Revue des Ressources, le parcours singulier d’Hélène Châtelain, la traductrice de Vassili Golovanov : actrice, rôle féminin du film La Jetée de Chris Marker, scénariste, réalisatrice …

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Hélène Châtelain et Vassili Golovanov en tournée dans le Morvan (article à lire sur Gens du Morvan)

On attend avec impatience la traduction de deux livres de Golovanov inédits en français :  Les Tatchanki du Sud (édité en mars 1997), un récit littéraire, reconnu comme étant l’un des meilleurs livres écrits par un écrivain contemporain sur la guerre civile, sur la paysannerie et sur les sens du mot « anarchie », ainsi qu’ une Biographie de Nestor Makhno (source Indymédia Paris Ile de France).

Sur les camps en Mordovie (dont la capitale Saransk accueillera le Mondial 2018) :

Un entretien avec Jean Radvanyi dans l’hebdomadaire Marianne

Les oligarques :

La Suisse, terrain de jeu des oligarques russes Infosud.org

Andreï Platonov, Tchevengour, Golovanov, Russie … :

Citations, extraits, clins d’oeil disséminés dans cartes postales en couleur véritable et tag Russie

Merci à Robin Hunzinger pour la reprise de cet article sur la Revue des ressources

Mourmansk

Mourmansk

Néanmoins, j’apprends où se trouve le lien que je cherchais entre Duchamp et Perec : dans un tableau du Cabinet d’amateur intitulé Portrait de la jeune mariée (ce qui aurait dû me mettre la puce à l’oreille) et signé R. Mutt, un pseudonyme utilisé par Duchamp.

Grèce fantôme #1

Aujourd’hui le temps sera
beau sauf sur le centre
le nord et le sud de la Grèce –

Dinos Siotis, Instantanés, à lire sur le site Recours au Poème.

Dans le cadre de l’invitation lancée par la Web-association des auteurs à disséminer les écritures sur le web, ce mois-ci, sur le thème des « pays lointains », j’accueille un texte que Panagiotis Grigoriou a publié sur son blog Greek Crisis le 15 mars 2013. Je remercie l’auteur pour son autorisation « exceptionnelle ».

« Le blog, m’écrit-il, c’est d’abord une idée basée sur mes « expériences de terrain » comme on dit en anthropologie ; à part sa première fonction évidente (informer et faire sentir la crise grecque), c’est aussi une manière pour moi, disons, de rebondir (et de survivre). Durant 2013 ou plutôt 2014, une partie du blog sera publiée par un éditeur français.

Je vous demanderais seulement et dans la mesure du possible, de contribuer à la vie (ou plutôt à la survie du blog) via le système de donation (paypal), et d’en faire comme on dit communément… la promotion. »

Le 15 mars 2013

« Le fantôme du monde »

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La Molussie est un pays imaginé par (le philosophe atypique Günther) Anders dans Die molussische Katakombe (“La Catacombe molussienne”), livre “antifasciste” “achevé avant la prise du pouvoir par Hitler” mais qu’il n’a paru qu’en 1938 (…) Ce livre écrit, de l’aveu même de l’auteur, dans l’esprit des fables de Brecht, “se composait de nombreuses histoires – il y en a bien une centaine – qui s’imbriquaient les unes dans les autres, comme celles des Mille et Une Nuits. Le sujet du livre, c’était le mécanisme du fascisme. Les histoires étaient racontées par des prisonniers, retenus par la Gestapo “molussienne” dans une cave servant de prison. Les fables, histoires, maximes étaient transmises par les prisonniers de l’ancienne génération à ceux de la plus jeune, puis par ceux-ci, à leur tour, à ceux de la génération d’après…”, (note Christophe David, traducteur de Günther Anders (2001): “L’obsolescence de l’homme – Sur l’âme de l’époque de la deuxième révolution industrielle”, Éditions Ivrea, p. 18).

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La Molussie de Greek-Crisis, c’est bien évidemment la Grèce, elle-même issue d’un phénomène époqual total, voire totalitaire: l’avènement de la méta-démocratie de type occidental. Ce blog prend pour objet la “situation sur le terrain”, autrement-dit, des fragments caractéristiques de nos dernières mutations en date, fragments d’ailleurs dont le caractère demeure assez opaque et autant inquiétant, d’autant plus, (qu’en paraphrasant Anders), je dirais que l’a-synchronicité chaque jour croissante entre le fantôme de la vie de chacun d’entre nous et “l’encadrement” politique (en réalité technocratique), relève bel et bien du “décalage prométhéen”. C’est ainsi que dans un monde humain devenu le fantôme de lui-même, le territoire de la Grèce (et qui ne détient pas l’exclusivité hélas), incarnerait en quelque sorte le… fantôme du fantôme.
Ce qui m’a conduit à opter pour un titre définitif de mon livre en préparation, (en partie issu de ce blog): “La Grèce fantôme – Voyage au bout de la crise 2010-2013” (à paraître courant 2013 en France). La préparation de ce livre, ainsi qu’une pause devenue plus que nécessaire, m’ont obligé ces dernières jours à marquer une pause dans la poursuite des écritures du blog, au même titre qu’un éloignement bref d’Athènes, mais pas forcement de son “mundus sensibilis”. Retrouver la capitale… de l’obsolescence humaine et de celle de l’UE par la même occasion, permet de prendre une fois de plus (et de trop), toute la mesure de la densité historique que l’on ne trouve (pas encore) forcement ailleurs. En quelques jours d’absence seulement, j’ai l’impression d’avoir “raté” un épisode entier de la Guerre des étoiles (comme celles figurant sur l’étendard achronique de l’UE, et de son euro). Je remarque qu’à Athènes alors, les limites du conte troïkan sont visiblement depassées, tout le laisse croire en tout cas, et surtout, les manifestations des derniers jours, les actes spontanés (ou pas) de défiance, d’hostilité, de violence des Grecs vis-à-vis de “leur” pouvoir.
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Même face aux “gouvernants”, la Troïka en « visite d’affaires » en Grèce n’a pas trouvé la même docilité qu’avant (dans les apparences en tout cas), au point d’énerver Samaras, lequel aurait (selon la presse grecque) réclamé la médiation politique de Bruxelles, c’est-à-dire de Berlin. Nous arriverons au bout de l’histoire, pas de celle de Fukuyama mais de la nôtre paraît-il, et certainement de celle de l’UE d’une façon ou d’une autre. La dite U.E. est désormais un empire dont ses rapports aux algorithmes financiers et aux lobbys de toute envergure bien qu’opaques, ne sont plus à prouver. La tendance prédatrice des “créanciers” du monde et le ressentiment grandissant des peuples soumis, seraient en train de “provoquer cette transition rapide et inévitable (déjà observée en d’autres temps historiques): le système de gouvernement basé sur la domination indirecte mute vers l’établissement d’un contrôle direct des territoires de plus en plus nombreux et transformés en provinces (…)”, (David Engels, “Le Déclin – La crise de l’Union Européenne et la chute de la République romaine – Analogies historiques”, 2012)
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Le cauchemar politique, économique et social de nôtre présente période ne faisant plus de doute, car au sein même de ce nouvel (?) empire, la provincialisation de type néocolonial imposée déjà au pays du sud de la zone euro n’est qu’un début, Beppe Grillo, n’a pas dit autre à sa manière lorsqu’il a déclaré dans un quotidien allemand que l’Italie est déjà sortie de la zone euro. “L’Italie peut déjà être considérée comme étant sortie de la zone euro”, a affirmé Beppe Grillo, le leader du Mouvement 5 Etoiles (M5S), dans un entretien publié mercredi en Allemagne. « L’Italie est de facto déjà sortie de la zone euro », a déclaré M. Grillo au quotidien économique allemand Handelsblatt. « Le pays est K.-O. debout », poursuit-il. Dans le même entretien, il prédit que « l’Italie ne va pas connaître de croissance dans les cinq à dix ans à venir » Le nouvelle figure politique italienne, qui a cristallisé le vote contestataire aux législatives, se défend d’être anti-européen. « J’ai simplement dit que je voulais un plan B pour l’Europe, dit-il. Nous devons nous demander: qu’est-il advenu de l’Europe ? Pourquoi n’avons-nous pas de politique d’information commune ? Pas de politique fiscale commune ? Pas de politique commune d’immigration ? Pourquoi seule l’Allemagne s’est enrichie ? » Il indique également vouloir incorporer davantage les citoyens européens dans le processus de décision sur l’Europe: « Je ferais un référendum en ligne sur l’euro, sur la directive Bolkenstein, sur le traité de Lisbonne – tous ces sujets où notre Constitution a été laissée de côté. » Beppe Grillo se dit convaincu que l’Europe du Nord soutiendrait l’Italie le temps qu’il faudrait « pour récupérer les investissements de leurs banques dans les obligations italiennes ». « Après, ils vont nous laisser tomber », prédit-il”, rapporte le quotidien Le Monde.
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Il n’y a que les élites et les journalistes mainstream qui font semblant d’ignorer cette réalité (ou plutôt de la “préparer” médiatiquement). Tel me semble-t-il est le sens de cet article de El Pais, révélateur à sa manière de l’Ère “molussienne” de la… nouvelle Europe:“Les derniers chiffres de l’Eurobaromètre illustrent ce que les résultats électoraux disent les uns après les autres: frappés par la crise, les Européens n’ont plus confiance en l’UE. Après avoir sauvé l’euro, il faut sauver la légitimité de l’UE et si possible, avant les élections de 2014 (…) Les conséquences très limitées du chaos post-électoral en Italie en disent long sur cette nouvelle solidité de l’euro, pour le moment en tout cas. Rappelons-nous, en octobre 2011, le choc suscité par la décision de Georges Papandréou de convoquer un référendum sur les politiques de rigueur dictées par la troïka: l’annonce avait porté les indices d’incertitude avec lesquels jouent les analystes financiers à des niveaux plus élevés que ceux qu’ils atteignaient au lendemain des attentats du 11 septembre. L’Italie a beau être plongée dans un indubitable chaos, l’euro résiste. Il n’en reste pas moins que le résultat italien, couplé à la solidité de l’euro, vient aussi illustrer la faiblesse politique de l’Europe, et mettre en lumière une crise de légitimité qui se creuse dangereusement, élection après élection. (…)
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Les chiffres de l’Eurobaromètre, ce sondage d’opinion réalisé tous les semestres par la Commission, ne laissent aucun doute sur l’ampleur de la chute de confiance des citoyens européens envers l’Union (…) La dégringolade est spectaculaire et oblige à une réflexion en profondeur, en particulier dans le cas d’un pays à la tradition europhile aussi ancrée que l’Espagne. En Grèce, en Irlande, au Portugal, à Chypre, l’UE est considérée avec une défiance aussi écrasante qu’en Espagne. Cependant, il est significatif que cette flambée de méfiance ne se limite pas aux seuls pays fortement endettés, mais concerne aussi les pays en meilleure situation financière, voire les pays créanciers: en Allemagne, en Autriche, en France, aux Pays-Bas ou en Finlande, la population n’a pas confiance en l’Union non plus. Force est de constater que la défiance ne concerne pas seulement l’UE mais s’exerce aussi à l’encontre de certains pays et de certains citoyens. Dans cette situation, tout le monde y perd. Nous voilà donc face à un grave problème de légitimité. Dans la sphère européenne, où l’identité collective, les valeurs communes et les processus démocratiques restent balbutiants, la légitimité était surtout venue des performances économiques: plus la croissance était forte, plus la population soutenait l’intégration européenne, et vice-versa. Ce qui signifie que la réserve de légitimité du système, puisqu’elle est presque exclusivement fonction de la croissance économique, se révèle très limitée, et tend à s’épuiser à vitesse V dans un contexte de crise. (…) En juin 2014, l’Europe appellera ses électeurs aux urnes. Si d’ici là, la confiance des citoyens dans l’UE n’est pas restaurée, la surprise risque d’être assez désagréable. Sauver l’euro était un impératif, mais l’euro n’est pas une fin, simplement un moyen. La fin, ce sont les citoyens: un euro sans eux n’a pas tellement de sens. ”, (José Ignacio Torreblanca: “L’Europe a perdu ses citoyens”, El Pais – 11/03, traduction: Julie Marcot).
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Parallèlement, et depuis un moment à Varsovie, on estime que “(…) La génération Erasmus, (serait le) dernier espoir de l’Europe (…) Ne comptez pas sur les dirigeants de l’UE pour sortir de la crise. L’avenir sera construit par la jeunesse que ceux-ci ont oubliée, écrit le philosophe polonais Jarosław Makowski, alors que Bruxelles cherche des financements pour permettre au programme d’échange d’étudiants de survivre aux coupes budgétaires. (…) Jusqu’à présent, les sociologues ont mis l’accent sur la soit-disant « génération perdue ». Les politiciens étaient réticents à l’idée d’utiliser cette formule, jusqu’à ce que Mario Monti, le Premier ministre italien, brise le silence. Ainsi, il a simplement déclaré à ses jeunes compatriotes: « Vous êtes la génération perdue ». Et plus précisément: « La triste vérité est que le message d’espoir — en termes de transformation et d’amélioration du système dans son ensemble — ne pourra être adressé à des jeunes gens que dans quelques années ». Les mêmes phrases pourraient tout autant être prononcées par la chancelière allemande Angela Merkel et le Premier ministre britannique David Cameron. Monti a ouvert la voie. Ainsi, d’ici peu, nos dirigeants vont allègrement proclamer la « bonne nouvelle », appelant les jeunes à oublier la vie dont ont pu jouir leurs parents. Disons les choses clairement: la responsabilité de la crise que traverse l’Europe incombe aux élites politiques et intellectuelles actuelles, à cette génération de dirigeants qui a grandi dans un « palais de cristal » (…)”, (Jarosław Makowski: “Débat: La génération Erasmus, dernier espoir de l’Europe”, Gazeta Wyborcza Varsovie – 24/10/2012, traduction: Jean-Baptiste Bor).
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Ce vendredi matin (15/03) à Athènes, le temps était assez instable, la mer Egée déchainée, et le printemps déjà si avancé… en attendant bien entendu celui des peuples. Retrouver notre capitale des Catacombes molussiennes c’est retrouver également cette tristesse joyeuse du fantôme du monde dans un « état de nature » sans doute plus avancé qu’ailleurs. Et la fin de certaines désillusions sans doute: “Tu n’étais pas à Athènes pour quelques jours seulement et voilà, regarde bien dans quel état tu nous trouves. Le temps événementiel va trop vite ici, nous ne pouvons plus suivre, nous en sommes épuisés, vidés et incapables de formuler la moindre réflexion, potentiellement réalisatrice du nouveau monde bien à nous”, assurent mes amis. Certes, mais au moins, nos représentations elles aussi, “elles avancent” trop vite. “(…) Le conte pour enfant qui consistait à dire que “c’est par sa faute que la troïka ne nous comprend pas” finit-il en ce moment. Tel est d’ailleurs le constat que font au quotidien les députés et les ministres du gouvernement tripartite, lorsque le hasard les oblige à se mêler au bas peuple, à l’occasion d’un discours, dans un avion ou encore dans une taverne…
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Le temps où le gouvernement “livrait bataille” pour sauver les salaires et les pensions”, pour “ne pas laisser sortir le pays de l’euro”, ou afin de “mettre l’économie sur une trajectoire de croissance” est définitivement révolu. Tout le monde (et de bonne foi), voit maintenant les résultats de la politique du gouvernement tripartite, et ne se sent aucunement concerné par ces présumées “nobles” intentions (du gouvernement). Les gens savent désormais que ni les salaires ni pensions n’ont été sauvés. Le chômage, la flexibilité au travail, la réduction forcée des revenus déjà maigres et la persistance de la “vie chère”, ont fait disparaître de la circulation l’essentiel de la masse monétaire. Il est maintenant évident – et les gens le constatent dans leur vie quotidienne – que sans liquidités, il n’y a aucune perspective de croissance. Et sans croissance, il n’y aura pas non plus de… Grèce dans la zone euro. Disons qu’en termes plus simples, la société grecque comprend désormais que le couteau qui tourne dans sa plaie, touche déjà l’os, et ceci, non pas pour enfin éradiquer la corruption ou réparer les torts causés, mais tout simplement pour couper la chair sociale. Malgré la puissance de la propagande, la réalité demeure imbattable. Et la réalité vécue par les travailleurs, les chômeurs, les retraités dans le pays est si douloureux (…)”, (hebdomadaire satyrique et politique To Pontiki, 13/03).
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La rue d’Athènes, et probablement celle de Rome, de Madrid et de Lisbonne réalise à présent certains tenants et aboutissants du “Plan D”, élaboré par la Commission de Bruxelles. “La Commission est comme un chaudron bouillant en ce moment. Les élections en Italie ont fait apparaître ce que les technocrates de Bruxelles avaient soigneusement caché et obscurci, les leaders des pays de la zone euro faisaient les sourds, tandis que la planète entière était bien au parfum: la zone euro est essentiellement divisée en deux parties, le sud pauvre et les pays riches du nord, sauf que le Nord aussi est menacé par la crise renaissante et par des troubles sociaux (…) (Le régime de) la nouvelle “Xénocratie” (sic) (se met en place). Alors que le gouvernement tripartite grec est accroché derrière le char allemand, incapable de faire face au destin du pays, se réfugiant à tour de communication mensongère, comme sur les prétendus investissements, la croissance ou la reprise, objectifs en somme inatteignables. Les Allemands, véritables souverains de la zone euro, restent réticents à remettre la main dans leurs poches, et préfèrent appliquer des méthodes coloniales classiques: se précipiter pour ainsi s’assurer la mainmise sur toutes les richesses grecques, afin d’obtenir par le même coup, toutes les garanties possibles pour ce qui est des emprunts en cours. La Grèce, après une chute de 25% de son PIB, et de si sombres perspectives d’avenir, voit ses richesses nationales (actuelles et futures), ainsi compromises. Pourtant, ses ressources futures – étaient la seule garantie d’une croissance réelle – sont en train de passer entre les mains des créanciers. Les temps décomplexé du retour à la subordination “xénocrate” (sic) la plus évidente, revient, après l’entracte historique des dernières décennies, d’ailleurs sous le rideau des apparences européennes. Voilà un pays du tiers monde qui devenir une colonie, tout en restant officiellement dans le premier (monde). Cette contradiction n’est pas durable…”, (hebdomadaire satyrique et politique To Pontiki, 13/03)
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Le fantôme du monde et (du premier monde) c’est aussi cela Athènes. Ce matin pourtant, vent et douceur de vie, place de la Constitution on respirait encore… ou presque. Des écoliers visitaient encore le “Parlement” comme si de rien n’était, pourtant, une flèche bien explicite dessinée sur le kiosque fermé d’en face semble indiquer… prosaïquement le chemin vers l’Assemblée: “porcs”. Les mendiants anciens et nouveau sont à leur place, comme cette vieille femme qui “vend” des stylos, y compris les bombons sur le trottoir, oui, tout était à sa place ce matin, comme nous tous d’ailleurs.
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J’ai remarqué cette atmosphère pesante et triste, l’insécurité en plus, déjà dans les regards. Athènes est aussi un fantôme dans ce sens, en plus de son propre fantôme. Et tout change. J’ai ainsi remarqué une nouveauté sur un mur: “Prêts destinés aux entrepreneurs, aux fonctionnaires, aux particuliers et aux entreprises sans tenir compte de la liste officielle des surendettés et insolvables. Prêts depuis l’étranger: Bulgarie – Roumanie – Conditions requises…” Au moins la Grèce fantôme retrouvera désormais toutes ses (co)existences balkaniques.
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Un restaurant proche de la Place de la Constitution était bien vide à l’heure du déjeuner: “Depuis un an demi c’est comme cela, comme ce midi. Nous mourons. Nous sommes procédés par une telle colère, sauf que nous ne savons pas comment et contre qui la cracher concrètement. Ou peut-être que si… Cela ne durera plus trop longtemps monsieur… ”.
J’ai acheté des haricots blancs à emporter pour quatre euros, pain et citron compris. “La monnaie nationale n’est pas faite pour les soumis”, pouvait-on lire sur le trottoir d’en face. Drôle de temps, époque fantôme, temps peut-être finissant et brouillé.
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* Photo de couverture: Mendiant, place de la Constitution,15 mars

Cabaret Non-Stop

Dans ce cabaret ouvert vingt-quatre heures sur vingt-quatre se succèdent en permanence toutes sortes de numéros, plus ou moins poétiques osés modestes inédits déjà-vus extravagants, plus ou moins réussis qu’importe, qu’importe si le serpent du dompteur de serpent est un boa mécanique, qu’importe si la lanceuse de couteaux lance des couteaux mous, qu’importe si le maître d’hypnose laisse tomber sa perruque, qu’importe si la contorsionniste est en caoutchouc, qu’importe, ce qui fascine la salle, dont émergeront jour après jour d’autres clowns, d’autres conteurs, d’autres équilibristes, ce que guette la salle, c’est le relais, les quelques secondes de silence qui ponctuent la succession jamais interrompue des numéros.

L’écrivain et son double

L’écrivain et son double étaient deux écrivains dont l’un était le double de l’autre et l’autre le double de l’un.

L’écrivain et son double n’étaient ni du même âge, ni du même sexe, ni du même pays. L’un vivait au sud et l’autre au nord.

L’écrivain du sud écrivait dans une langue du sud, l’écrivain du nord dans une langue du nord.

Quand l’un s’installait à son bureau, l’autre aussi, quand l’un commençait à écrire, l’autre aussi, et quand l’un avait fini, aux antipodes l’autre aussi.

Quand l’un écrivait un essai, l’autre aussi, quand l’un écrivait un récit, l’autre aussi, et quand l’un écrivait de la poésie, aux antipodes l’autre aussi.

Loin l’un de l’autre, sans le savoir parfaitement synchronisés, les deux écrivains ont écrit ainsi pendant des années. Les mêmes essais, les mêmes récits, la même poésie.