Lecture d’été : le bout du monde

Elle marchait, marchait, sans peur, sans faim, elle n’avait qu’une seule idée, une idée fixe, l’idée d’aller à la recherche du bout du monde, et de marcher jusqu’à ce qu’elle le trouve. Elle finirait bien par le trouver, pensait-elle. « Tout au fond, tout, tout au fond », pensait-elle.  « C’est tout à la fin », pensait-elle. L’enfant avait-elle raison de penser ainsi ? Attendez un peu. L’enfant avait-elle perdu la tête ? Attendez un peu, vous allez voir. L’enfant marcha, marcha, elle commença par s’imaginer le bout du monde comme une haute muraille, puis comme un gouffre profond, puis comme une belle prairie verte, puis comme un lac, puis comme un foulard moucheté, puis comme une grosse bouillie bien épaisse, puis tout bonnement comme de l’air pur, puis comme une plaine blanche et propre, puis comme une mer de délices dans laquelle elle pourrait tanguer à l’infini, puis comme un chemin brunâtre, puis comme rien du tout ou comme elle-même ne savait trop quoi, hélas.

Robert Walser, Le Bout du monde, Petite prose, Ed Zoé, trad.Marion Graf

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