Le coeur a sa mémoire

A Venise

une préparation en cire

montrant le réseau des fibres

musculaires

aux portes du coeur

W. G. Sebald, Nul encore n’a dit, trad. Patrick Charbonneau, éditions Fario 2014

En écho à la proposition de Serge Bonnery de diffuser des textes sur le thème « quelle littérature après Auschwitz », je vous invite à écouter une chanson de Mauricette Leibowitch.

le coeur a sa mémoire

Le 23 juin 1943, le convoi n° 55 emporte 895 adultes et 123 enfants, du camp d’internement de Drancy, vers la mort. 895 adultes, dont Rosa Korb, la mère de Mauricette Leibowitch. Déportée à Auschwitz Birkenau, elle n’en reviendra pas.

Mauricette Leibowitch est la soeur de Francis Lemarque :

« Je ne veux pas terminer ce récit sans parler de Raymond Leibowitch que j’ai connu à l’époque du Front Populaire [….] Peu de temps après la Libération ma soeur Mauricette devint sa compagne. Grâce à cette rencontre notre amitié se changea en une profonde affection. [….] Quand Mauricette se retrouva seule, elle refusa de s’abandonner au désespoir et se plongea dans des activités qui allaient de l’étude de la langue yiddish à celle du solfège. Ensuite elle se munit de deux petits hauts-parleurs sur lesquels elle brancha un micro. Ainsi équipée elle descendit chanter dans la rue, simplement par amour de la chanson. Elle inscrivit en gros caractères, sur une pancarte qu’elle mettait à ses pieds : « Ne me jettez pas de sous, je chante uniquement pour mon plaisir et, je l’espère, peut-être aussi pour le vôtre. Merci ». Elle a ainsi trouvé le meilleur chemin pour se faire entendre. Un beau jour elle fut engagée dans le spectacle « Paroles » de Jacques Prévert, mis en scène par Robert Fortune, avec Brigitte Fossey, Catherine Arditti et Maurice Blanchot au piano. Elle composa aussi les paroles et les musiques de chansons très originales, mélodieuses, avec lesquelles elle obtint des triomphes chaque fois que j’eus l’occasion de la faire participer à quelques spectacles. Voilà ce que ma soeur est devenue quand elle se retrouva seule, un « mentch ».  » [mot yiddish désignant un individu probe et honorable, plein de respect pour autrui] 

Francis Lemarque, J’ai la mémoire qui chante, Presses de la cité, 1992

En 1998. les Têtes Raides enregistrent Le coeur a sa mémoire sur l’album Chamboultou.

En 2008, le groupe invite Mauricette Leibowitch sur scène:

Sources :

Francis Lemarque

Le guichet du savoir, bibliothèque municipale de Lyon

The Central database of Shoah Victims’ Names

 Liste des convois de la déportation des juifs de France

Blog de Serge Bonnery : L’épervier incassable

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